L'exploitation forestière illégale en Indonésie : un inquiétant processus de légalisation

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Krystof Obidzinski
Iman Suramenggala
Patrice Levang

Résumé

Depuis 1999, l'exploitation forestière illégale en Indonésie fait régulièrement la une de l'actualité. L'origine du phénomène est essentiellement à rechercher dans la disparité entre l'offre limitée de bois et la surcapacité de traitement des industries de transformation. La crise économique et politique que connait l'archipel depuis 1997 n'a fait qu'amplifier le phénomène. Mais si l'origine du processus est relativement bien connue, les moyens d'y remédier font cruellement défaut. Selon les auteurs, l'absence de solutions efficaces provient avant tout d'une mauvaise évaluation de la nature du phénomène. Jusqu'à présent, les autorités n'ont vu (ou voulu voir) dans l'exploitation illégale qu'un délit ordinaire imputable à quelques individus plus ou moins bien organisés. Or, l'exploitation illégale du bois en Indonésie est bien plus que cela: c'est un système complexe intégrant à la fois des aspects sociaux, économiques et politiques. Véritable conjonction d'intérêts au niveau régional, le système implique les élus locaux, les fonctionnaires civils et militaires, les gros entrepreneurs, mais aussi les couches les plus défavorisées de la population. Plus récemment, la mise en oeuvre de l'autonomie régionale a investi les autorités locales du pouvoir d'attribuer de petites concessions forestières aux communautés indigènes. Nettement plus avantageux que l'exploitation illégale, le nouveau système a recueilli l'assentiment de tous les acteurs concernés au niveau local: élus régionaux, communautés et industriels. Le succès de la formule se traduit par la légalisation d'une exploitation jusque-là illégale et par une pression accrue sur les ressources forestières. Les gouvernements locaux ne sont plus disposés à se conformer aux injonctions du gouvernement central. Aujourd'hui, il est clair que le ministère des Forêts a perdu le contrôle de la ressource forestière. À moins d'un retour en force de l'État centralisateur, le ministère n'a d'autre choix que de prendre acte du nouveau paradigme en vigueur et de tenter de le faire évoluer vers une exploitation plus durable. (Résumé d'auteur)

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