Dégradation des sols en agriculture minière au Burkina Faso

S.B. Taonda, R. Bertrand, J. Dickey, J.L. Morel, K. Sanon

Résumé


Au Burkina Faso, pays du Sahel, l'économie est basée essentiellement sur l'agriculture et l'élevage. Les zones sud et ouest du Burkina Faso bénéficient de conditions pluviométriques soudaniennes, plus favorables. Des agriculteurs migrants, venus du centre et du nord du plateau Burkina surpeuplés, s'installent sur les fronts pionniers où ils reproduisent, dans les champs de brousse, le système d'exploitation minier, sans restitution, qu'ils utilisaient dans leur région d'origine. Pour étudier, en milieu réel paysan, les risques de dégradation du potentiel de production des sols de cette région d'accueil, on a choisi une vingtaine de parcelles d'âges de mise en culture compris entre 0 et 17 ans sur un même type de sol (ferrugineux tropical lessivé modal). Cette chronoséquence est à la fois représentative des sols les plus souvent cultivés et du système de culture (attelé) le plus répandu des fronts pionniers. La dégradation constatée est rapide. Elle se manifeste d'abord par une chute selon une fonction de type puissance (liée au temps de mise en culture) du taux de matières organiques de l'horizon superficiel (par minéralisation accélérée liée à l'aération consécutive à la pratique de la culture attelée dans des conditions de températures élevées qui prévalent dans cette région). Il en résulte une baisse tout à fait similaire de la disponibilité des nutriments (particulièrement de l'azote), des taux d'infiltration (le pédoclimat s'aridifie, se sahélise, par augmentation de l'instabilité structurale de l'horizon superficiel et par augmentation des taux de ruissellement). Au bout de 5 à 10 ans de culture, le sol n'est plus à même d'assurer l'alimentation minérale et hydrique de la principale culture vivrière (le sorgho) et les rendements s'effondrent. L'étude fait donc apparaître que le pivot de la fertilité des sols de cette région est la matière organique. La reconstitution du stock de matières organiques du sol ainsi que la mise en pratique de techniques culturales susceptibles d'améliorer sensiblement l'infiltration s'imposent, sous peine de voir les paysans contraints à conquérir de nouvelles terres, actuellement en voie de raréfaction.

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Affiliations

Institut d'études et de recherches agricoles, Inéra, 03 BP 7192, Ouagadougou, Burkina Faso, Cirad, BP 5035, 34032 Montpellier, France, Université de Purdue, West-LaFayette, Indiana, États-Unis, École nationale supérieure d'agronomie et des industries alimentaires-Institut national polytechnique de Lorraine, Nancy, France.



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Cah. Agric. ISSN 1166-7699 Publié sous licence CC-By-NC